La societe moderne ou l’eloge de l’individualisme

L’être humain est un animal social, depuis la nuit des temps il s’est toujours organisé pour vivre en société. A l’époque paléolithique déjà, l’homme vivait en groupe. Pour se nourrir, se protéger des agressions extérieures (animaux, autres humains), se reposer… il avait besoin de s’organiser avec d’autres de ses congénères. Il a en effet très vite compris qu’il était difficile pour lui d’assumer seul tout ses besoins naturels et primaires. Nous ne sommes, il est vrai, ni rapide, ni résistant, ni imposant et nous n’avons aucune arme naturelle pour nous défendre ou chasser (venin, griffes, camouflage etc.). Encore une fois notre seule arme est notre faculté à nous organiser pour être plus forts.

De la prehistoire à l’epoque moderne

L’évolution au fil des siècles n’a jamais remis en cause ce modèle de vie en société bien que beaucoup de choses aient évoluées. Nous n’étions qu’un ensemble de tribus à l’époque du « pléistocène », puis nous nous sommes sédentarisés et avons créé des villages, puis des villes, des pays etc. Notre histoire d’homme moderne a ensuite été jalonnée de batailles, d’invasions, de guerres… De la guerre des Gaules à la 2ème guerre mondiale nos ancêtres n’ont pas souvent connu le calme. Nous sommes avec nos parents les premières générations qui ne le connaissent. Au fil du temps nous avons effectivement appris qu’il était plus simple de s’entraider que de s’entre tuer. C’est ainsi qu’est née l’Europe notamment, le commerce et les enjeux économiques entre états ont fini par prendre le dessus sur les folies égocentriques de quelques monarques et chefs d’états… Le pouvoir s’est ainsi quelque peu démocratisé et n’est plus seulement aux mains des quelques nobles. Les puissants d’aujourd’hui sont désormais des hommes politiques évidemment mais aussi des grands patrons (Google, Facebook, Citigroup, Unilever, BP, Apple et à l’époque industrielle et post-industrielle les Rockefeller, Ford, Bayer, Krupp, Renault etc.). Dans une moindre mesure mais qui n’est plus négligeable depuis quelques années, les célébrités issues de « l’industrie » du spectacle, du sport etc. jouent elles aussi un rôle d’influence important ce qui leur confère par conséquent un certain pouvoir.

Seconde_guerre_mondiale

De nos jours, nous ne faisons donc plus la guerre mais ce n’est pas pour cela que tout va bien. Nous avons désormais perdu sans nous en rendre compte, notre liberté. Au début du 20ème siècle, nous étions relativement autonomes, nous nous nourrissions localement et nous avions alors un savoir-faire beaucoup plus étendu (bricolage, jardinage, cuisine etc.), même si nous n’étions pas capables de calculer des intégrales et des séries de Fourier. En dehors de la guerre donc, nous pouvions faire à peu près ce que nous voulions sans réellement dépendre d’intérêts obscures. Chacun de nous avait son utilité au sein de la société, chacun apportait sa pierre à l’édifice pour maintenir l’ensemble de la communauté dans un minimum de confort : le paysan, le boulanger, le médecin, l’instituteur, le garagiste/mécano etc. Nous étions tous valorisés de par notre contribution et les rapports entre les habitants des villages étaient forcément moins tendus et plus conviviales. Les richesses n’étaient peut-être pas très bien réparties au sein de la population mais nous avions à coup sûr moins d’exemples sous les yeux de la richesse des autres.

L’evolution depuis les annees 50

Ce n’est donc plus le cas aujourd’hui… avec le développement des transports et des moyens de communications, nous n’avons plus besoin de ces savoirs faire artisanaux. Pourquoi aller chez le paysan du coin payer plus cher pour un produit que nous estimons identique en supermarché ? C’est alors que l’artisanat et les savoir-faire ont été relégué au 2nd rang. Ce n’est qu’une question de main d’œuvre alors il faut aller chercher là où elle est le moins chère… dans les pays plus pauvres donc. Les quelques artisans et paysans qui sont restés en France sont alors positionnés tout en bas de l’échelle et délaissés.

individualisme societe moderne

La mondialisation a ainsi permis l’essor de très grands groupes qui ont pu ainsi générer du profit non plus à une échelle nationale mais internationale, leur permettant ainsi de faire la pluie et le beau temps sur à peu près tout. En rendant « notre vie à priori facile et confortable » ces entreprises ont appauvrit notre savoir à chacun, et nous ont rendu hyper dépendant d’elles-même. Elles nous nourrissent, nous fournissent une formation/un travail, nous soignent etc. Elles nous font aussi consommer tout un tas de trucs dont nous n’avons pas besoin (cf. mon constat sur l’économie) etc. Pour continuer à faire marcher tout ce système il faut en effet consommer et pour consommer il faut de l’argent. Il faut donc pousser chacun d’entre nous à produire toujours plus d’argent pour toujours plus consommer.

Google_world_domination

Pour cela, il faut donc stimuler les individus et les pousser à se dépasser au travail pour vendre et in fine dégager du profit. C’est donc à une vaste compétition que nous nous livrons…. Nous nous sommes ainsi gravement éloignés de la « sobriété heureuse » prônée par Pierre Rabhi qui nous permettrait de nous contenter de ce que nous avons. Nous aspirons désormais tous à accéder à un statut social supérieur, à être ainsi meilleur que son voisin, avoir plus que celui-ci car c’est seulement comme cela que nous nous estimerons heureux. Je suis ainsi persuadé que si vous prenez 10 familles, que vous donnez à 9 d’entre elles de superbes maisons, et qu’à la 10ème vous lui donniez un château. Et bien les 9 familles seraient malheureuses, jalouses et ne sauront se contenter de ce qu’elles ont. Elles auraient été plus heureuses, si elles avaient toutes eues de simples maisons basiques mais semblables :) .
Le développement de la télévision et d’Internet a été le moteur de tout cela en mettant systématiquement en avant des exemples de « réussite ». Des personnes comme nous qui sont devenues richissimes grâce à une idée, un talent ou.… un ticket de loto. Vous imaginez ? Le rêve à portée de mains…. Les médias ont par ailleurs permis de générer en nous des peurs, la peur de se faire voler, la peur des attentats, la peur de l’arnaque etc. La peur est aussi un moyen de faire consommer.

Loto

L’individualisme aujourd’hui à son paroxysme

Bref mon récit est un peu long mais il me fallait dépiler tout ça pour comprendre comment nos rapports ont évolué pour devenir ce qu’ils sont. Je trouve ainsi notre société actuelle déshumanisée. Nous ne sommes finalement plus qu’une somme d’individus qui consomme. Nous ne nous intéressons plus aux autres et à ce qu’ils peuvent nous apporter mais nous sommes seulement centrés sur nos problématiques personnelles pour lesquelles nous ne recherchons les solutions souvent qu’à travers la consommation proposée par les grosses entreprises. Enfin, les peurs que j’évoquais ont par ailleurs instauré un climat de méfiance envers autrui. La confiance est alors plus reportée sur les lois et les codes de société…d’où la résurgence d’états toujours plus « policier » et liberticides.

La structure familiale a bien changé en 100 ans… c’est le moins que l’on puisse dire

Dans la première moitié du 20ème siècle, la famille était souvent nombreuse (très peu de contraception) et seule l’homme travaillait. L’instruction des enfants était faible et l’apprentissage se faisait souvent auprès des parents dont ils suivaient souvent la voie. Après les années 50, la famille évolue. On commence à voir apparaître les premiers divorces et par conséquent les familles monoparentales. La femme travaille depuis la seconde guerre mondiale, et revendique son égalité face aux hommes. Depuis les années 80 tout cela s’accélère avec toujours plus de divorces, de familles monoparentales et recomposées… Les femmes travaillent désormais autant que les hommes…

Divorces

Malheureusement, ce qu’on constate c’est qu’on est passé d’une situation relativement stable avec des rapports forts entre les membres d’une même famille à une situation beaucoup plus instable. Désormais les 2 parents travaillent… et ne sont pas plus riches, et encore moins heureux. Le pire c’est qu’on est d’ailleurs désormais souvent obligés de travailler encore plus dur (donc passer moins de temps avec sa famille) pour pouvoir se payer une crèche ou une nourrice… le comble.

Les espaces publics, ou comment evoluer chacun de son cote

C’est là que mes constatations sont les plus criantes car au niveau de ma famille, bah ça se passe plutôt très bien :)

Voici un petit florilèges d’exemples qui ne manqueront pas de vous faire réagir :

  • Les gens entretiennent des contacts par les réseaux sociaux et ne font plus l’effort de maintenir de vraies relations en ayant des échanges directs. Faîtes ainsi le tour de vos amis et comptez ceux que vous avez vu récemment. Il devrait y en avoir peu au regard de vos nombreux « amis facebook ».
  • Dans les transports les gens ne se parlent plus. Ils s’évitent, ne se regardent pas dans les yeux, baissent la tête. Ils donnent ainsi l’impression d’avoir peur les uns des autres, c’est saisissant. Tout le monde en tout cas semble mal à l’aise. Afin d’éviter tout contact beaucoup, font le choix de mettre un casque. Ils se coupent ainsi du monde extérieur et se prémunissent ainsi « d’être importunés ». Ce qui n’est pas plus mal que de laisser sa place à une vieille dame n’est ce pas?
  • Si vous croisez quelqu’un dans la rue que vous ne connaissez pas et qui vous dit « Bonjour » en vous souriant. Quelle sera votre réaction ? « Mais qu’est ce qu’il lui prend ? Il est taré ou quoi ? Qu’est ce qu’il m’a fait ?». Et non, il est juste poli et visiblement de bonne humeur…
  • A table, en réunion, dans la rue ou simplement en famille, les gens sont de plus en plus rivés sur leur smartphone. On voit de plus en plus de gens qui évoluent et vivent côte à côte et non plus ensemble.

individualisme

En dehors des espaces publics on pourrait aussi citer l’exemple des relations de voisinage. Combien ont tapé du balai sur le plafond pour faire taire le voisin du dessus plutôt que de prendre la peine de communiquer réellement ? Cela aurait pourtant probablement permis de ainsi comprendre les aspirations et problématiques de chacun et ainsi de définir une entente harmonieuse. C’est simple les problèmes de voisinage sont si nombreux qu’il y a même eu une émission de TV là-dessus pour faire venir quelqu’un d’extérieur pour régler leur différend.

Conclusion

Les rapports humains ont énormément évolué au cours du dernier siècle. Les petites structures autonomes des temps anciens sont devenues de plus en plus grande et ne forment aujourd’hui plus qu’un du fait de la mondialisation. La structure familiale a volé en éclat et chacun semble se refermer un peu plus sur lui-même. Je ne l’ai pas évoqué mais le recul de la religion est aussi symptomatique de cette tendance. Dans ce nouveau contexte, nous semblons oublier que seuls nous ne sommes rien et que plutôt que d’être en conflit avec sa famille, ses voisins, ses collègues ou ses compagnons de transports, nous ferions certainement mieux de nous écouter, d’échanger pour nous entraider. Beaucoup d’initiatives montrent un certain retour à la vie de quartier et à la mise en commun des objectifs et souhaits de chacun (les AMAP, le co-voiturage, les sites de services entre particulier etc.)… il ne tient donc désormais qu’à nous de sauter le pas, d’enlever nos écouteurs et de nous ouvrir aux autres car la vraie richesse est là… alors réveillons-nous!

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